Un moine jardinier

Le joli Mai bourdonne au moutier Saint-Marcel.

Au faîte d’un pommier la grive s’égosille.

Frère Émilien chemine au long de la charmille

et marmonne en latin, le nez dans son missel.

 

Le brave jardinier n’y comprend pas grand-chose,

ni aux filioque ni aux peccatorum.

Il pense que ce soir il faudra qu’il arrose

les fèves et les lys, les pois et les arums.

 

Éve apparait soudain sur une enluminure.

Elle n’est habillée que de sa chevelure.

L’ascète, fasciné, n’y voit pas Belzébuth.

 

Il ne peut se résoudre à refermer le livre.

Son asperge fleurit, son visage s’encuivre : 

le Prince des Enfers vient d’atteindre son but !