Squelette 10

 

La science gendarmesque a su faire fissa :

le crâne est bien celui du squelette sans tête.

Il s’y était logé une balle obsolète

que l’on utilisait bien avant grand-papa. 

 

Bellec de son côté relève son courrier :

« Construit à Waterford, un steamer de plaisance,

s’appelant Eveleen, naguère cabotait

entre le Portugal et les côtes de France.

 

En l’an mil-neuf-cent seize aux approches d’Ouessant

ce navire a perdu en mer deux passagères :

Abigaelle O’Toole et Kathleen O’Brian. »

 

C’est abracadabrant ! Et tout à fait contraire

aux fortes convictions du cartésien Bellec :

son rêve a résolu l’énigme de Bannec !

 

               

 

 

 

Le drame a donc eu lieu en l’an mil-neuf-cent-seize…

 

Sans déconner, les gars, je n’en suis pas surpris,

depuis le tout début je l’avais pressenti.

— Tu me sembles hanté par ces deux irlandaises.

— Je pense quant à moi qu’elles hantent Bannec.

probablement Ouessant et sûrement Molène.

Ces gracieux esprits aux charmes de sirène

hanteraient-ils aussi dorénavant Bellec ? »

 

Parlons-en. Le shérif, l’as des poulets brestois,

retrouve chaque nuit dans son petit eff-trois,

l’exquise Abigaëlle.

 

Bien qu’aux ombres myrteux depuis longtemps, la belle

s’invite impudemment dans son rêve et le flic

devient aussi toqué que le candide Yffic.

 

 

« Bellec a découvert qui étaient les victimes,

mais on ignore encor le nom de l’assassin.

On n’est même sûr qu’il s’agisse d’un crime.

Amateur de polars, je reste sur ma faim.

-- Pas de souci Nanard, ici même, à Moléne

nous connaissons quelqu’un qui manie le Oui-Ja.

-- Tu dois penser à cet engin de Philomène ?

-- Bien sûr. Elle devrait gazer sur ce coup-là. 

-- On fait valser un verre, il y a tout un rite, 

le Oui-Ja est l’outil favori des spirites.

Il permet de tchater avec les trépassés.

-- Philo pourrait ainsi causer aux Irlandaises ?

-- Tu nous vois Sébastien, dûment intéressés.

Je dirais même plus, tu nous mets sur des braises. »