sonnets en prose

Sur des musiques incongrues, métal gothique ou wizard rock, vendredi soir, six coqs, six grues déliraient à Vladivostok. Coqueliquant au long des rues, ils se gaudissaient d'un vieux schnock, un diseur de coquecigrues, qui biberonnait gin sur bock. Je connaissais le crocodile. Léger comme un ptérodactyle, il hantait le quartier latin. Que faisait-il en Sibérie ? Y quêtait-il une égérie pour le consoler au matin ?
Il fut d’abord garçon-coiffeur, dresseur de puces, chorégraphe, avant de peigner la girafe et de connaître le bonheur. Sans vertige, il officiait au sommet de la grande échelle. On admirait sa gestuelle. Virtuose et fier, il coiffait. Mais une cliente incongrue inclina son fin col de grue, précipitant le zingaro. Dans un modeste cimetière on peut lire sur une pierre : « Ces dames, à leur Figaro »
Entends au ciel d’acier le grommulus qui tonne, vois dans le tourbillon s’envoler ton riflard et maudis ce printemps qui ressemble à l’automne, cependant que, navrés, chutent les millibars. Nous avons eu dimanche une brève éclaircie. L’espace d’un soupir un panneau de ciel bleu. Il était espéré bien plus que le messie. Je sors mon vieux kodak. Pas de chance il repleut. S’il n’y avait que ça. Mais le mercuromètre, honteux d’être aussi bas, ne sait plus où se mettre. Et...
Si je vais en mer dès l’aurore, à dada sur mon cheval vert, les canards au col grand ouvert suivent des ciels de mandragore. Sur les blés aux tons de phosphore un argonaute en pull-over qui se croit au coeur de l’hiver fume la pipe et subodore : — Pourquoi faut-il que chaque soir, à l’instant où je vais m’asseoir, s'éteigne mon cadran solaire ? En cet instant crépusculaire, je veux joindre Valparaiso. Hélas ! Je n'ai pas de réseau.
Reviens un peu sur terre, ô toi qui poétise, et voit que les pluies ont fait de ton gazon. Abreuvée par l’hiver, ta pelouse insoumise a crû sans encourir la moindre fauchaison. Depuis de trop longs mois, oubliée au garage, ta tondeuse s’enrouille et n’est plus que langueur. Offre à ce brave outil ce joyeux pâturage. Sors de sa léthargie son vaillant propulseur ! D'un geste résolu, tire sur la ficelle ! Dans le coeur du moteur jaillira l’étincelle. La soupape émettra son tout...
Je voulais vous offrir un sonnet sur l’orage : des cumulonimbus prédateurs du soleil, l'éblouissant éclair qui soudain les ravage, ouvrant un camaïeu de soufre et de vermeil. Je voulais évoquer ce vaisseau d'un autre âge, fuyant sous la galerne en sinistre appareil, les voiles en lambeaux, dépourvu d’équipage, échevelé de foudre, au fantôme pareil. Mais que pouvait écrire un trop vieux métromane, un faiseur de sonnets dont la muse est en panne, sinon ces quelques vers,...
Était-il fasciné par une néréide qui lui faisait de l’oeil au fin fond du Grand Bleu ? Notre ami le Soleil a plongé dans le vide… et nous n'y vîmes que du feu. Par chance, l'océan sans une seule ride venait de façonner un coussin bien moelleux conçu spécialement pour les astéroïdes qui aiment se baigner lorsque dehors il pleut. Les flots époustouflés en devinrent tout chose et cent mille milliards de joyeux moutons roses se pressèrent bientôt du Ponant au Levant. Cependant...
Au fond d’une blanche terrine, en ce petit restau d’Arcueil, son humble destin se termine, nul ne songe à prendre le deuil. Pleurez sur la pauvre sardine. Elle partage son cercueil avec sa défunte copine et trois brindilles de cerfeuil. Faut-il vraiment en faire un drame ? Bien avant la cuisson, leur âme s’en est allée au paradis. Point de pêcheurs dans ces nuages, ni de poissons sardinophages. Passez-moi plutôt les radis.
À treize pieds, survolant le bitume, un grand voilier lévite à quatre noeuds. Sans nostalgie des flots et de l’écume, à l’artimon flotte un pavillon bleu. Dans les prairies qui bordent la grand’route, les bovidés écarquillent, surpris, leurs beaux yeux noirs envahis par le doute : sont-ils déjà passionnément épris ? Ringardisant leurs amours ferroviaires, le fier navire aux prétentions aviaires sans un bémol cingle vers le couchant. Ne moquons pas la vache admirative qui,...
Monophtalme, il arbore un œil gauche en onyx et s'en montre très fier. Ce cher lampadophore n'est pas loin de penser qu'il doit être un phénix. Écoutons son histoire en séchant une amphore : « Je fus, mes bons amis, éborgné par un ptyx au cours d'un pugilat homérique et sonore où je vis maintes fois les eaux noires du Styx. Mais comme j'ai vaincu, ce stigmate m'honore. » A son œil droit il porte, en cristal cerclé d’or, un monocle de prix. Dopé par ce décor, il voudrait...

Afficher plus