sonnets

Que peut-il se nicher dans mon inconscient (qui fait le classieux avec sa diérèse) ? Franchement, je l'ignore et c’est humiliant (pour employer les mots de ma tata Thérèse). Si l’on en croit Breton, laisser courir sa plume serait pour le savoir une ficelle en or. C'est parti mon kiki ! Mon ciboulot s’allume et me souffle des vers. Et encor et encor. Je vais, à ce neuvième, entamer un tercet (j’ai l’oreille classique, ici chacun le sait, pondre n’importe quoi m’est moins...
Dans ce bout de campagne, oublié rue Malherbe, sous l’euphorbe jaunâtre et le liseron bleu, avance à pas feutrés la tigresse de l’herbe. Un bourdon s’en alarme et vrombit : « Sacrebleu ! » Un lézard boulimique hésite dans la sente : « Ce bel insecte vert est bien appétissant, mais sa patte de fauve, un tantinet tranchante, peut porter préjudice au reptile innocent. » Tout hôte du jardin, qu’il vole ou déambule, peut être écharpé par ses monstres mandibules, papillon,...
A la pointe de l'aube, une locomotive, un brin tintamarresque, éveille tous les coqs. Elle enchante en passant la vache admirative et le petit poulain qui folâtre au paddock. Une touche d’azur, propice à l'hirondelle, vient adoucir un poil le brunâtre omnibus. Depuis la nuit des temps allergique à Phœbus, vers son coin de grenier s'enfuit la pipistrelle. Cependant, olympien sur son coin de ballast, un garenne égaré se farcit son breakfast et, lorsqu’il a fini de brouter...
Le joli Mai bourdonne au moutier Saint-Marcel. Au faîte d’un pommier la grive s’égosille. Frère Émilien chemine au long de la charmille et marmonne en latin, le nez dans son missel. Le brave jardinier n’y comprend pas grand-chose, ni aux filioque ni aux peccatorum. Il pense que ce soir il faudra qu’il arrose les fèves et les lys, les pois et les arums. Ève apparait soudain sur une enluminure, Elle n'est habillée que de sa chevelure. L’ascète, fasciné, n’y voit pas...
Insensible au sonnet, même élisabéthain, en cours de poésie un élève somnole. Il fuit l'aporétique, ignore l'hyperbole et sous le flot verbal hisse le tourmentin. Il rêve le chemin des longues parallèles qui sans un seul écart cinglent vers leur destin, tel un couple de rails en titane. Si frêles qu’une épeire aurait pu les filer au matin. Où vont ces deux moitiés qui jamais ne se quittent, ivres d’un sidéral et bleuâtre infini, mais dont l'attachement ne vaut pas un penny ?...
Samedi soir, six coqs, six grues, coqueliquaient au long des rues d’une Cité du Languedoc. C’était, semble-t-il, Carcassonne. Ils charibotaient un vieux schnock, un diseur de coquecigrues ridiculement incongrues, qui biberonnait gin sur bock. C’était, j’en suis sûr, Carcassonne Quelqu’un me dit au téléphone que je me mets le doigt dans l’oeil, que ce serait plutôt Narbonne. Pourquoi pas ? Ça rime avec sonne. Ce n’est pas le cas d’Argenteuil.
C'est la fin de l'hiver, il pleut sur les jonquilles, les joyeux pissenlits et les asparagus. Trempé comme un canard, droit dans ses espadrilles, un vieil ornitholynx attend son autobus. « Quimper-San Francisco ? La ligne est obsolète. N'attendez pas en vain, nu sur le macadam, les vautours lorgneraient bientôt votre squelette, prenez plutôt l'avion, lui conseille un quidam. – J'y ai déjà pensé. Mais le chef de cabine, un beauf mal embouché cocottant la bibine, ne voulait surtout pas...
Pour dénoncer la médiatrice Et fulminer « Jarnicoton ! », Il fallait que je l’écrivisse, Ce faux-sonnet, ce mirliton. Cette incroyable orthogonale Passe au beau milieu du segment Et, s’y trouvant bien, s’y installe Avec un culot désarmant. Le fragment de droite s’indigne : « Qu’on m’allège de cette ligne qui me tronçonne en deux moitiés ! » « Cause toujours, raille l’infâme. » Cette morgue sans état d’âme Ne mérite aucune pitié.
Peu de lecteurs voudront me croire sur parole. Sitôt rentré du taf, Kevin venait s’asseoir à son ordi — Saint Chroniseur le patafiole — pour un sport-game ou un death-match. Et mardi soir, il a franchi tout vif l’écran de sa console en suivant à la trace un hippocampe noir. Tel dans Le Bateau Ivre, en cette virée folle, il a vu pour de vrai ce que l’Homme a cru voir ! A mach puissance quinze, il glissait comme en rêve quand inopinément, sur son trajet se lève un poulpe...
Pour louer flammement votre lippalafraise, hyperbelle Ypomée, ce sonnet est farci de moult épilandrins à la puissance treize. Alpitouchons de l’if pour qu'il soit réussi. Tel fit un oiseau-lyre en l'an septante-seize, je l’ai déchevillé sans la moindre merci. Les quatrains enfeuillés, fruits d’une douzacèse, je vous ai ciselé les tercets que voici : « Depuis qu’Érossenflamm a décoché sa flèche, enveloutée de rose une âme se dessèche et de l’albe au rougeoir...

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